Les demoiselles de Rochefort

Cette scène m’a toujours surprise. On dirait de la poésie. C'est en lisant les noms des chapitres, sur le DVD, que j'ai compris. Jacques Demy l'a intitulée : Scène en vers.
Elle réunit Solange et Delphine, Yvonne, Dutrouz, Etienne et Bill,Boubou, Josette et Pépé. Et autour d’une table, et notamment d’un gâteau, ils discutent (seul Pépé ne prononce pas un mot), en vers !
Je l’ai retranscrite comme si c’était un poème. Chaque caractéristique apportée au nom ci-dessus permet dans ce poème de voir qui prononce quoi.
C’est curieux, où est mon concerto ?
Je l’ai vu ce matin, non tantôt !
Mais il était ici, rangé dans ma serviette,
Entre mon rouge à lèvre et l’étui à lunettes !
Voilà Subtil Dutrouz !
Vous les connaissez tous, alors asseyez vous !
Non, je ne connais pas je crois ces demoiselles !
Je vous en ai parlé. Oui. Ce sont mes jumelles !
Il me semble je crois vous avoir rencontrée.
Vous m’étonnez Monsieur, car je m’en souviendrais.
Je vous ai déjà vu, comme ça, face à face,
A moins que d’autres femmes ainsi vous ressemblasses !
Delphine est danseuse et… Sans doute me trompais-je…
Solange connaît tout du chant et des arpèges !
Mais vous tombez à pic, prenez dont ce couteau,
Vous allez, cher Subtil, découper le gâteau.
C’est que je ne sais pas. Feriez vous des manières ?
Je vais m’exécuter si c’est une prière.
Je vous en prie Dutrouz. Il nous manque Maxence.
Il est permission sur son lieu de naissance.
Il m’a dit en partant je vais en "perm-à-Nantes !"
J’avoue que j’ai bien ri. L’astuce est consternante.
Quel est ce plaisantin ? C’est un peintre poète.
Il est en garnison et dessine des têtes.
Est-ce celui qui m’aime ? Hélas, Dieu seul le sait !
Je bois à vos amours, je bois à vos succès.
A notre belle époque, hein Norbert ! Salonique !
C’est là qu’on s’est connu, dans l’aéronautique.
Nous on s’est rencontré à Cherbourg, sur le port.
On le jettait d’un bar, il était ivre mort.
La vie vous joue parfois des tours décourageant.
J’avais perdu ma place et j’étais sans argent.
J’avais bu. Manque de pot. Ecoutez ce morveux.
Veux-tu laisser ton nez. Je fais ce que je veux !
Mets tes mains sur la table.
Et puis ne boit pas temps. Ah, il est insupportable !
Je suis sûr et certain que nous nous sommes vu.
Puisque je vous dis non Monsieur, n’insistez plus.
Ensuite, s’il vous plait,
La fin de votre histoire,
Si Monsieur le permet.
J’avais les idées noires.
Je traînais dans Cherbourg, de quartier en quartier
Après six mois passés à bord d’un chalutier.
J’ai connu un coiffeur à Cherbourg. Heu… Aimé.
Il avait épousé Mme Desnoyers.
Une veuve de Tours ou plutôt d’Orléans.
Une ancienne danseuse, et mère d’une enfant.
Je ne l’ai pas connu. C’était une nantaise.
Je pourrais avoir demain une glace à la fraise ?
Oui mais tait toi. Que ce dîner manque d’attrait.
Pourquoi ne pas donner ce soir quelques extraits
Du numéro de chant et de danse classique
Que vous jouerez demain ? Il manque la musique !
Quand à moi je me sens quotidienne.
Je n’ai pas vu non plus vos costumes de scène !
Demain. Je n’irai pas demain à la Kermesse,
Je ne peux délaisser dimanche mon commerce,
Je suis clouée ici. Dutrouz, vous nous quittez ?
Il faut savoir, hélas, en tout se limiter.
On s’en va nous aussi, on doit se lever tôt.
Ne vous déranger pas on fil incognito.
[ collectif ]Bonsoir… Boubou nous a quitté pour un juste sommeil.
Il a bu à lui seul au moins une bouteille.
Mais le marchand de sable, endormi, c’est trompé,
Il a sablé Boubou au champagne frappé !
[collectif ]Bonsoir… Bonsoir et Bonne nuit !
Comment vais-je emporter maintenant celui-ci ?
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